"...the wit of a zany angel."
Dick Adler - Chicago Tribune
"...a merry romp through love's arduous maze."
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Lily's books
La Cucina
Simmering in the heat of a Sicilian kitchen, a saucy tale of sex, recipes, and murder.
Cabaret
A comic mystery set in the back streets of Rome, about a young woman who is overjoyed when her husband disappears
Nectar
A naughty celebration of the senses, Nectar explores the mystery of sexual attraction and the frivolous nature of divine justice
Ardor
An irresistibly funny, subtly wise and zestfully romantic fairy tale for adults
 
 
 
CABARET - Chapitre un  
 
Un poulet plumé coincé contre ma poitrine, je montai les marches de pierre, encombrée par le carton contenant la pratique de marionnettiste avec la nouvelle perruque que je tenais sous le bras, et par mon panier à provisions rempli de framboises, poivrons rouges, pancetta et haricots plats. Tout en farfouillant à la recherche de ma clef dans le filet où je transportais les livres de la bibliothèque, je m'aperçus que l'on avait placé du ruban de signalisation sur ma porte d'entrée. Que se passait-il ? Voulait-on prévenir qu'il y avait de la peinture fraîche ? Je n'avais pourtant pas été informée qu'on devait faire des travaux d'entretien. Au moment où j'hésitais, un homme de haute taille apparut sur mon seuil.
" Signora Lippi ? "
Je hochai affirmativement la tête.
" Entrez, je vous prie, et essayez de garder votre calme. "
Il repoussa le ruban pour me permettre d'entrer. Nous tenions à peine à deux dans l'étroit couloir et je sentais son haleine, parfumée à l'ail et aux anchois. Des gouttes de sueur perlaient au-dessus de sa lèvre supérieure. Il s'imprégnait de ma présence dans la pénombre et ses yeux légèrement injectés de sang, à l'expression affamée, étaient rivés sur mon poulet. Son costume était froissé. Il s'agissait visiblement d'un enquêteur.
" Que se passe-t-il ? demandai-je d'une voix faible. Est-il arrivé quelque chose à Fiamma ? " Ma sœur était une risque-tout et je vivais depuis longtemps dans l'angoisse d'un moment comme celui-ci.
" C'est votre mari, signora ", souffla-t-il. Mon cœur se remit à battre. Fiamma était saine et sauve.
" On l'a enlevé, poursuivit l'Enquêteur. Et votre appartement a été fouillé.
? Enlevé ? " répétai-je. Je ne comprenais pas.
" On s'est emparé de lui et il a disparu. Vous savez comment ça se passe, signora. Il y a peu de chances que vous le revoyiez. "
Alberto enlevé ! Je n'arrivais pas à y croire. Bien sûr, j'avais déjà entendu parler de ce genre de disparitions, mais pour quelle raison s'en serait-on pris à lui ? Il s'agissait sûrement d'une erreur et ses ravisseurs n'allaient pas tarder à s'en rendre compte et à le relâcher. J'étais certaine qu'il serait de retour pour le dîner, et comme on était samedi, il aurait son habituel poulet aux poivrons grillés.
Pendant que je pensais à mon dîner, j'eus l'impression que la présence de l'Enquêteur occupait maintenant toute la place dans le couloir. Nous étions face à face et je prenais conscience de sa respiration ralentie, de son corps qui touchait le mien. Un autre homme sortit du salon, ce qui empiéta encore un peu plus sur notre espace vital. Je fus frappée par les lobes de ses oreilles, si développés qu'ils frôlaient presque ses épaules.
" J'ai terminé, Monsieur ", dit-il. Il désigna du menton le sac de plastique transparent qu'il tenait à la main. Puis, s'adressant à moi : " Ce sont juste quelques objets que nous emportons comme preuves, signora. "
Sans en être absolument certaine, je crus apercevoir certains de mes sous-vêtements dans le sac. Que diable avaient-ils l'intention d'en faire ?
Le responsable farfouilla quelque temps dans sa poche. On aurait pu croire qu'il examinait mes cuisses, mais c'était seulement parce que nous étions les uns sur les autres. Son subordonné craignait pour son portefeuille, visiblement. Après un long moment, durant lequel le temps parut s'étirer à l'infini, l'Enquêteur finit par extraire une carte de ladite poche et me la tendit. Elle était fripée et légèrement humide, comme son costume. Les lettres n'étaient pas très lisibles, mais je parvins à déchiffrer : " Paolo Balbini, Polizia Municipale, Rome 17 ", et un numéro de téléphone.
" Il est peu probable qu'ils cherchent à entrer en contact avec vous, signora, mais voici mon numéro, au cas où ils le feraient. Et même s'ils ne le font pas. "
Avec un mouvement de reptation, les deux hommes parvinrent à se faufiler et à gagner le palier, plus spacieux. Le signor Balbini se retourna et me lança des regards qui exprimaient sans ambiguïté son regret de devoir me quitter. Je ne dis rien, mais refermai la porte derrière eux.
J'avais la gorge sèche et mon cerveau n'était pas en meilleur état. C'était comme un mauvais rêve. Quelques minutes auparavant, tout se passait normalement. Nous étions samedi et j'avais travaillé deux ou trois heures. Un certain nombre de meurtres avaient en effet eu lieu pendant la nuit et la patronne des Pompes funèbres Pompi, la signora Dorotea, avait besoin de mon aide pour masquer des blessures par balles et reconstruire un nez arraché lors d'une explosion. Ensuite, j'avais pris un café avec Fiamma au Bobrini. Elle rentrait juste d'une mission d'enquête en Bolivie, la peau couverte d'ulcérations après avoir été intoxiquée par du poisson servi au banquet officiel. Comme la seule vue de la nourriture lui donnait la nausée, j'avais mangé à moi seule tous les pasticcini et je dois dire qu'ils étaient délicieux. Après ça, elle avait regagné le ministère dans la voiture conduite par son chauffeur, Pesco, pour assister à une réunion de crise. Pour ma part, j'avais rendu mes livres à la bibliothèque et emprunté trois autres, puis j'étais passée prendre la commande d'Alberto à la boutique de marionnettes du Corso, avant de récupérer ma tenue de travail des Pompes funèbres chez le teinturier et de faire des courses au marché du Campo dei Fiori.
Bref, la routine du samedi. Et voilà qu'elle était bouleversée.


 
   
 

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© Lily Prior 2008