| Lily's books |
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La Cucina |
| Simmering in the heat of a
Sicilian kitchen, a saucy tale of sex, recipes, and murder. |
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Cabaret |
| A comic mystery set in the back
streets of Rome, about a young woman who is overjoyed when her husband
disappears |
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Nectar |
| A naughty
celebration of the senses, Nectar
explores the mystery of sexual attraction and the frivolous nature of divine
justice |
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Ardor |
| An irresistibly funny, subtly wise
and zestfully romantic fairy tale
for adults |
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CABARET -
Chapitre un |
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Un poulet plumé coincé contre ma poitrine, je montai les marches de
pierre, encombrée par le carton contenant la pratique de
marionnettiste avec la nouvelle perruque que je tenais sous le bras,
et par mon panier à provisions rempli de framboises, poivrons
rouges, pancetta et haricots plats. Tout en farfouillant à la
recherche de ma clef dans le filet où je transportais les livres de
la bibliothèque, je m'aperçus que l'on avait placé du ruban de
signalisation sur ma porte d'entrée. Que se passait-il ? Voulait-on
prévenir qu'il y avait de la peinture fraîche ? Je n'avais pourtant
pas été informée qu'on devait faire des travaux d'entretien. Au
moment où j'hésitais, un homme de haute taille apparut sur mon seuil.
" Signora Lippi ? "
Je hochai affirmativement la tête.
" Entrez, je vous prie, et essayez de garder votre calme. "
Il repoussa le ruban pour me permettre d'entrer. Nous tenions à
peine à deux dans l'étroit couloir et je sentais son haleine,
parfumée à l'ail et aux anchois. Des gouttes de sueur perlaient au-dessus
de sa lèvre supérieure. Il s'imprégnait de ma présence dans la
pénombre et ses yeux légèrement injectés de sang, à l'expression
affamée, étaient rivés sur mon poulet. Son costume était froissé. Il
s'agissait visiblement d'un enquêteur.
" Que se passe-t-il ? demandai-je d'une voix faible. Est-il arrivé
quelque chose à Fiamma ? " Ma sœur était une risque-tout et je
vivais depuis longtemps dans l'angoisse d'un moment comme celui-ci.
" C'est votre mari, signora ", souffla-t-il. Mon cœur se remit à
battre. Fiamma était saine et sauve.
" On l'a enlevé, poursuivit l'Enquêteur. Et votre appartement a été
fouillé.
? Enlevé ? " répétai-je. Je ne comprenais pas.
" On s'est emparé de lui et il a disparu. Vous savez comment ça se
passe, signora. Il y a peu de chances que vous le revoyiez. "
Alberto enlevé ! Je n'arrivais pas à y croire. Bien sûr, j'avais
déjà entendu parler de ce genre de disparitions, mais pour quelle
raison s'en serait-on pris à lui ? Il s'agissait sûrement d'une
erreur et ses ravisseurs n'allaient pas tarder à s'en rendre compte
et à le relâcher. J'étais certaine qu'il serait de retour pour le
dîner, et comme on était samedi, il aurait son habituel poulet aux
poivrons grillés.
Pendant que je pensais à mon dîner, j'eus l'impression que la
présence de l'Enquêteur occupait maintenant toute la place dans le
couloir. Nous étions face à face et je prenais conscience de sa
respiration ralentie, de son corps qui touchait le mien. Un autre
homme sortit du salon, ce qui empiéta encore un peu plus sur notre
espace vital. Je fus frappée par les lobes de ses oreilles, si
développés qu'ils frôlaient presque ses épaules.
" J'ai terminé, Monsieur ", dit-il. Il désigna du menton le sac de
plastique transparent qu'il tenait à la main. Puis, s'adressant à
moi : " Ce sont juste quelques objets que nous emportons comme
preuves, signora. "
Sans en être absolument certaine, je crus apercevoir certains de mes
sous-vêtements dans le sac. Que diable avaient-ils l'intention d'en
faire ?
Le responsable farfouilla quelque temps dans sa poche. On aurait pu
croire qu'il examinait mes cuisses, mais c'était seulement parce que
nous étions les uns sur les autres. Son subordonné craignait pour
son portefeuille, visiblement. Après un long moment, durant lequel
le temps parut s'étirer à l'infini, l'Enquêteur finit par extraire
une carte de ladite poche et me la tendit. Elle était fripée et
légèrement humide, comme son costume. Les lettres n'étaient pas très
lisibles, mais je parvins à déchiffrer : " Paolo Balbini, Polizia
Municipale, Rome 17 ", et un numéro de téléphone.
" Il est peu probable qu'ils cherchent à entrer en contact avec vous,
signora, mais voici mon numéro, au cas où ils le feraient. Et même
s'ils ne le font pas. "
Avec un mouvement de reptation, les deux hommes parvinrent à se
faufiler et à gagner le palier, plus spacieux. Le signor Balbini se
retourna et me lança des regards qui exprimaient sans ambiguïté son
regret de devoir me quitter. Je ne dis rien, mais refermai la porte
derrière eux.
J'avais la gorge sèche et mon cerveau n'était pas en meilleur état.
C'était comme un mauvais rêve. Quelques minutes auparavant, tout se
passait normalement. Nous étions samedi et j'avais travaillé deux ou
trois heures. Un certain nombre de meurtres avaient en effet eu lieu
pendant la nuit et la patronne des Pompes funèbres Pompi, la signora
Dorotea, avait besoin de mon aide pour masquer des blessures par
balles et reconstruire un nez arraché lors d'une explosion. Ensuite,
j'avais pris un café avec Fiamma au Bobrini. Elle rentrait juste
d'une mission d'enquête en Bolivie, la peau couverte d'ulcérations
après avoir été intoxiquée par du poisson servi au banquet officiel.
Comme la seule vue de la nourriture lui donnait la nausée, j'avais
mangé à moi seule tous les pasticcini et je dois dire qu'ils étaient
délicieux. Après ça, elle avait regagné le ministère dans la voiture
conduite par son chauffeur, Pesco, pour assister à une réunion de
crise. Pour ma part, j'avais rendu mes livres à la bibliothèque et
emprunté trois autres, puis j'étais passée prendre la commande
d'Alberto à la boutique de marionnettes du Corso, avant de récupérer
ma tenue de travail des Pompes funèbres chez le teinturier et de
faire des courses au marché du Campo dei Fiori.
Bref, la routine du samedi. Et voilà qu'elle était bouleversée.
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